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FAIRE UN ENFANT DEMAIN : LES DÉFIS DE LA PROCRÉATION À L’ÈRE DES BIOTECHNOLOGIES — HAVING A BABY TOMORROW: THE CHALLENGES OF PROCREATION IN THE AGE OF BIOTECHNOLOGY

FAIRE UN ENFANT DEMAIN : LES DÉFIS DE LA PROCRÉATION À L’ÈRE DES BIOTECHNOLOGIES — HAVING A BABY TOMORROW: THE CHALLENGES OF PROCREATION IN THE AGE OF BIOTECHNOLOGY
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Les avancées des biotechnologies permettent de réaliser ce qui relevait jusqu’ici du fantasme, débouchant sur de multiples vertiges. Vertige de l’origine: un enfant peut être issu d’un don de sperme, d’un don d’ovule, d’un don d’embryon ou d’une gestation par autrui, créant ainsi de nouvelles filiations. Vertige de la différence: à travers la procréation dans des couples de femmes ou par des femmes seules, dans des couples d’hommes ou par des hommes seuls, ou encore chez les transgenres. Vertige de la prédiction: à travers un lien possible entre procréation et prédiction, qui pourrait occuper de plus en plus de place à l’ère du séquençage du génome.

Ces pos­si­bil­ités tech­nologiques peu­vent fascin­er autant qu’elles peu­vent être source de per­plex­ité, voire d’angoisse. Mais elles peu­vent sur­pren­dre aus­si par les nou­velles orig­ines qu’elles ren­dent désor­mais pos­si­bles et qu’il s’agit d’ac- com­pag­n­er en com­posant avec un monde qui s’invente par­fois plus vite que notre capac­ité à le suivre.

C’est sur ce thème que s’est exprimé à Sion, en Valais, en sep­tem­bre 2018, François Anser­met, pro­fesseur hon­o­raire à l’Université de Genève (UNIGE) et à l’Université de Lau­sanne (UNIL), après avoir été d’abord pro­fesseur ordi­naire de pédopsy­chi­a­trie, vice-doyen de la Fac­ulté de biolo­gie et médecine à l’UNIL, médecin-chef au Ser­vice uni­ver­si­taire de psy­chi­a­trie de l’enfant et de l’adolescent au Cen­tre hos­pi­tal­ier uni­ver­si­taire vau­dois (CHUV), puis pro­fesseur ordi­naire de pédopsy­chi­a­trie à l’UNIGE et, sur le plan hos­pi­tal­ier, chef du Ser­vice de psy­chi­a­trie de l’enfant et de l’adolescent aux Hôpi­taux uni­ver­si­taires de Genève (HUG), ain­si que directeur du Départe­ment uni­ver­si­taire de psy­chi­a­trie à la Faculté

de médecine de l’UNIGE. Il faut ajouter à ce pal­marès que François Anser­met est mem­bre du Comité con­sul­tatif nation­al d’éthique, à Paris, depuis 2013.

Pour François Anser­met les droits de l’en- fant sont aujourd’hui au cen­tre des préoc­cu­pa­tions de la psy­chi­a­trie de l’enfant et de l’adolescent. L’enfance con­stru­it le monde de demain. Mais sera-t-il pos­si­ble d’être enfant demain dans le monde tel qu’il est en train d’évoluer ? C’est la grande ques­tion que pose le pro­fesseur. Le mariage pour tous, dans un cer­tain nom­bre de pays par exem­ple, a débouché sur la ques­tion de la pro­créa­tion pour tous qui soulève d’importantes résis­tances, tout comme les prob­lé­ma­tiques de la génomique et de l’intelligence artificielle.

“L’enfance con­stru­it le monde de demain. Mais sera-t-il pos­si­ble d’être enfant demain dans le monde tel qu’il est en train d’évoluer ?”

Tous ces thèmes, a fait remar­quer le pro­fesseur Anser­met, font l’objet de pris­es de posi­tion col­lec­tives, y com­pris de la part des milieux religieux. Le curseur du sym­bol­ique court plus vite que nous, ce qui pour autant ne doit pas être inter­prété comme une crise. Les résis­tances face au nou­veau sont com­préhen­si­bles et il faut recon­naître que ce nou­veau existe et que l’enfance nous regarde.

Les biotech­nolo­gies impliquent de nou­veaux modes de pro­créa­tion. Il s’agit de créer de la vie dans un monde qui crée aus­si de la mort – par des guer­res, des crimes, des racismes. Il ne faut donc pas tomber dans le cat­a­strophisme, a mis en garde le pro­fesseur Anser­met qui a rap­pelé l’importance des mythes et des reli­gions qui de tout temps ont thé­ma­tisé sur la créa­tion de la vie. Bien avant les pro­créa­tions médi­cale­ment assistées il y a eu des pro­créa­tions divine­ment assistées, bien au-delà du biologique. Dans « La Légende dorée » de Jacques de Vor­agine, à l’époque de la Renais­sance – un ouvrage qui a porté l’inspiration des pein­tres du quat­tro­cen­to – il est dit que Dieu peut créer l’homme de qua­tre façons: sans l’homme ni la femme, comme il le fit pour Adam; par l’homme sans la femme, comme il le fit pour Ève; par la femme sans l’homme, comme cela s’est pro­duit mirac­uleuse­ment suite à l’Annonciation à la Vierge Marie, qui est d’abord la fête de l’Incarnation puisque Dieu com­mence en Marie sa vie humaine qui con­duira Jésus jusqu’à la Croix et la Résur­rec­tion, jusqu’à la Gloire de Dieu – voir « La Divine comédie » de Dante: « Ô Vierge mère, fille de ton fils ». Avec les biotech­nolo­gies, a souligné le pro­fesseur Anser­met, nous sommes bien en deçà de ce que l’imagination des humains a pu con­stru­ire sur le mys­tère de l’origine, sur le mys­tère de venir au monde. Enfin, le qua­trième mode de créa­tion de l’homme évo­qué dans « La Légende dorée » est « par l’homme et la femme selon la manière com­mune ». Au nom­bre des mythes ayant pour sujet la créa­tion de la vie, on peut citer Athé­na sor- tant, toute armée, de la tête de Jupiter et Dionysos né deux fois, du ven­tre de Sémélé et de la cuisse de Jupiter.

Le monde de la pro­créa­tion change plus vite que notre capac­ité à le suiv­re, a fait observ­er François Anser­met. Que sont donc ces biotech­nolo­gies qui boule­versent nos esprits ? Il est vrai que ces biotech­nolo­gies et leurs impacts font l’objet, à rai­son, d’une cer­taine per­plex­ité de la part du pub­lic. Loin de la vision roman­tique de la sci­ence dont les avancées per­me­t­tent la con­cep­tion et la mise en œuvre de nou­veaux traite­ments médi­caux, il con­vient de s’interroger aujourd’hui sur ces tech­nolo­gies de la pro­créa­tion qui opèrent sur le monde sans que nous sachions exacte­ment de quoi il en retourne. Il peut être en effet extrême­ment inquié­tant de penser qu’on dis­pose de tech­niques opérant sur la réal­ité et dans le même temps ignor­er quel pro­duit en sor­ti­ra. Ces démarch­es tech­nologiques peu­vent con­duire à du non-savoir. En résulte un monde fab­riqué, inven­té, inédit dont ne nous savons pas ce qu’il est. Rai­son pour laque­lle les ques­tions issues des décou­vertes tech­nologiques actuelles sont de plus en plus traitées au sein de comités d’éthique, véri­ta­bles obser­va­toires de la per­plex­ité et de l’angoisse con­tem­po­raines, soit des obser­va­toires de ce que nous ne pou­vons représenter.

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Conférence de presse pour la naissance du premier bébé-éprouvette en France avec les professeurs René Frydman, Emile Papiernik et Jacques Testard, le 10 avril 1986 à Clamart, France

 

Pour François Anser­met, face à l’irreprésentable, face à ce qui laisse per­plexe et angoisse, deux types de réac­tion sont pos­si­bles. D’un côté les tech­no-prophètes annon­cent un monde nou­veau dans lequel il sera pos­si­ble de pro­créer même si l’on est infer­tile et de sélec­tion­ner des enfants qui ne souf­friront pas de mal­adies. Ceux-ci nous promet­tent un monde meilleur. De l’autre se trou­vent les bio-cat­a­strophistes qui font val­oir que si l’on touche à la nature, on touche à la loi, avec l’idée d’une super­po­si­tion de la loi naturelle et de la loi morale. Il y aurait ain­si trans­gres­sion de la nature au moyen de ces tech­nolo­gies. Pour le clin­i­cien, l’enjeu est bien d’être à la hau­teur du temps que nous vivons. Il con­vient, selon lui, de ne pas se laiss­er enfer­mer dans une ten­ta­tion con­ser­va­trice et de ne pas maudire son époque. Il faut délibéré­ment regarder vers l’avenir plutôt que s’accrocher au passé. D’une part ne pas crain­dre l’incertitude et d’autre part ne pas suc­comber à la tyran­nie du passé. Et arriv­er à se situer dans ces deux dimensions.

Les nou­veaux modes de pro­créa­tion médi­cale­ment assistée du type de la fécon­da­tion in vit­ro, de l’injection intra-cyto­plas­mique de sper­ma­to­zoïdes, de la con­ser­va­tion d’ovocytes, du diag­nos­tic pré-implan­ta­toire et pré-con­cep­tion­nel, de la pro­créa­tion posthume et autres sur- pren­nent, éton­nent, dérangent, bous­cu­lent et pro­duisent un ver­tige. Pour François An- ser­met, un ver­tige qui angoisse et attire à la fois, un ver­tige source de fas­ci­na­tion. Les médias ne se privent pas d’ailleurs de nous racon­ter par le menu des cas de pro­créa­tion assistée totale­ment ahuris­sants. Rien d’étonnant à cela puisqu’ils tit­il­lent une corde qui nous est à tous par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble, celle de notre orig­ine qui va de pair avec la Sex­u­al­ité avec un grand S – le grand mot qui émoustille est lâché.

“Et c’est bien la ques­tion que posent tous les enfants: pourquoi suis-je moi et pas quelqu’un d’autre ?”

D’où vient ce ver­tige, ou plutôt ces ver­tiges ? Car pour François Anser­met, il y en a trois: le ver­tige de l’origine, le ver­tige de la dif­férence des sex­es dans la pro­créa- tion et celui de la pré­dic­tion. À pro­pos du pre­mier, le ver­tige de l’origine, le pro­fesseur Anser­met tient à rap­pel­er que le monde
de l’origine, sym­bol­ique et imag­i­naire, est dif­férent du monde de la sex­u­al­ité. Or le prob­lème réside dans le fait que nous vivons dans une ère de par­a­digmes très biologiques et que nous avons ten­dance à penser que orig­ine est égal à sex­u­al­ité, que pro­créa­tion est égal à ges­ta­tion, que nais­sance est égal à fil­i­a­tion alors que tous ces mon­des sont dis­joints. Le plus irreprésentable de cette série est cer­taine­ment la pro­créa­tion. Quand se pro­duit-elle ? Quel est son moment M ? Quand la vie est-elle créée ? Même les biol­o­gistes tra­vail­lant dans des cen­tres de pro­créa­tion médi­cale­ment assistée sont très hési­tants sur la ques­tion de l’émergence de la vie, à savoir lorsque des cel­lules se com­bi­nent puis vien­nent à se mul­ti­pli­er. D’où vient cette étin­celle ? Pour François Anser­met, la ques­tion fon­da­men­tale sur laque­lle tout le monde bute, y com­pris les biol­o­gistes et les médecins de la repro­duc­tion, est la suiv­ante: d’où vien­nent les enfants ? Freud jugeait que c’était la ques­tion impos­si­ble par excel­lence. Et c’est bien la ques­tion que posent tous les enfants: pourquoi suis-je moi et pas quelqu’un d’autre ? Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ? François Anser­met s’est plu à citer l’histoire d’une petite fille de 8 ans dont la mère est enceinte. Au petit-déje­uner la mère fait une tar­tine au miel pour sa fille. Celle-ci regarde le ven­tre de sa mère et lui demande qu’est-ce que c’est que « ça ». La mère lui répond qu’elle attend un nou­v­el enfant. « D’où vient cet enfant ? » demande la petite. La mère tente une expli­ca­tion: le papa et la maman, le bais­er, la petite graine. « Quand tu vois ce miel sur cette tar­tine, pense aux abeilles, aux fleurs, au pollen… » La petite fille coupe alors sa maman: « Arrête avec ces expli­ca­tions com­plète­ment nulles. À l’école on a déjà eu des cours d’éducation sex­uelle, on sait exacte­ment de quoi il s’agit. Je ne te demande pas quelle posi­tion tu as adop­tée avec papa pour avoir ce nou­v­el enfant. »

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Photo Vincent Migeat/Agence VU

La mère tran­spire, les gouttes de sueur tombent sur la tar­tine de miel. « Qu’est-ce que tu veux savoir finale­ment », s’énerve
la mère. Et la petite fille de répon­dre très fer­me­ment: « Avant d’être dans ton ven­tre, où est-ce que j’étais ? » Pour le pro­fesseur Anser­met, la beauté de cette ques­tion est un émer­veille­ment: « C’est comme pour un mort, on dit que son corps est en terre, son âme est au ciel; les enfants dis­ent: OK. Mais moi quand je serai mort, quand mon corps sera en terre, quand mon âme sera au ciel, moi, où est-ce que je serai ? »

Pour François Anser­met, le prob­lème majeur posé par les tech­nolo­gies de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée est qu’elles sont sources de dis­jonc­tions. On sépare la sex­u­al­ité de la pro­créa­tion, la pro­créa­tion de la ges­ta­tion, la ges­ta­tion de la nais­sance — on peut pass­er par une ges­ta­tion pour autrui avec une mère por­teuse — on sépare enfin l’origine de la fil­i­a­tion — par dons de sperme, d’ovules, d’embryons, des dou­bles dons et, faut-il encore ajouter, créer une dis­jonc­tion tem­po­raire par la con­ser­va­tion des gamètes. Depuis les con­géla­teurs des cen­tres de repro­duc­tion et des mater­nités, tous ces embryons con­gelés nous regar­dent et se deman­dent ce que l’on va faire d’eux.

“Mais quand on voit courir un enfant provenant d’un con­géla­teur, on ne peut s’empêcher de penser à tous les embryons surnuméraires.”

Va-t-on les détru­ire, les con­serv­er, les implanter ? Il y a aux États-Unis, a rap­pelé le pro­fesseur Anser­met, des asso­ci­a­tions, les « snow flakes » (flo­cons de neige), qui pro­posent à l’adoption des embryons con­gelés, faisant val­oir leur droit à être util­isés une fois qu’ils ont été conçus. Mais quand on voit courir un enfant provenant d’un con­géla­teur, on ne peut s’empêcher de penser à tous les embryons sur­numéraires. Que vont-ils devenir ?

De même, pou­voir con­serv­er les ovo­cytes implique l’idée qu’ils puis­sent être con­servés plusieurs années avant d’être réim­plan­tés une ou deux décen­nies plus tard, une fois achevée la bril­lante car­rière pro­fes­sion­nelle de leur « pro­prié­taire ». Des dis­jonc­tions encore plus impor­tantes vont appa­raître, selon le pro­fesseur Anser­met, promis­es par l’intelligence arti­fi­cielle et le tran­shu­man­isme, les cyborgs et robots, lais­sant entrevoir un re- tour à Pyg­malion et Galatée: Pyg­malion dit à Galatée: « Toi c’est moi, tout mon moi est en toi, je ne vis plus désor­mais qu’en toi. » Le tran­shu­man­isme met en évi­dence la dif­fi­cile ques­tion des droits et des devoirs des robots. Voyons Sophia, le robot humanoïde mis au point par Han­son Robot­ics, conçu pour tout appren­dre en s’habituant au com­porte­ment des êtres humains. Sophia est capa­ble de répon­dre aux ques­tions et a même été reçu à l’ONU. En octo­bre 2017, le robot a obtenu la nation­al­ité saou­di­enne, faisant de lui le pre­mier androïde au monde à recevoir la citoyen­neté d’un pays.

En fin de compte, pour François Anser­met, les tech­nolo­gies de la pro­créa­tion dévoilent un impos­si­ble à penser qui est source d’une angoisse éthique. Pen­sons par exem­ple à la pro­créa­tion dans les cou­ples de femmes, qui insti­tu­tion­nalise la fab­ri­ca­tion d’un enfant sans père. Mais qu’est-ce qu’un père ? Un géni­teur, un père au sens de la loi, un père d’intention, une sim­ple fig­ure mas­cu­line ? Et quel est le rôle de la dif­férence des sex­es dans le développe­ment de l’enfant ? La ges­ta­tion pour autrui rend la mère incer­taine, a souligné le pro­fesseur Anser­met. Il y a celle qui a don­né l’ovule et celle qui a don­né le ven­tre. Et cer­tains cou­ples de femmes croisent le ven­tre et l’ovule. Dans le monde juridique, l’enfant appar­tient à la mère du ven­tre de laque­lle il est sor­ti. Dans le monde géné­tique on a ten­dance à dire que ce sont les gamètes. L’irreprésentabilité de l’origine, l’irreprésentabilité du lien entre sex­u­al­ité et pro­créa­tion, l’irreprésentabilité de la mort dans la pro­créa­tion don­nent le ver­tige. Pla­ton dans « Le ban­quet » fait par­ler Socrate qui rap­porte les pro­pos de Dio­time que l’on peut résumer ain­si: la pro­créa­tion vise la part d’immortel dans le vivant mor­tel. Vivre au-delà de soi par le fait de procréer.

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Caricature illustrant la création d'un bébé éprouvette, par Albert Robida (1848-1926), caricaturiste et romancier français. Daté du XIXe siècle. Photo: Universal History Archive/UIG via Getty Images

Pour François Anser­met, ce que nous n’arrivons pas à penser est bouché par des con­struc­tions fan­tas­ma­tiques, imag­i­naires. Mais le fan­tasme pro­tège de l’angoisse autant qu’il le génère. Le fan­tasme per­met d’imaginer de nou­velles biotech­nolo­gies qui vont intro­duire de nou­veaux scé­nar­ios imag­i­naires. Effec­tive­ment ces biotech­nolo­gies vien­nent mod­i­fi­er la réal­ité. Il y a donc une spi­rale qui se crée entre biotech­nolo­gies, angoisse et réal­ité et cela ne peut que nous per­turber. Ceci con­stitue une préoc­cu­pa­tion majeure pour le clin­i­cien, le pédopsy­chi­a­tre qui se trou­ve face à ces tableaux. Il ne doit pas laiss­er voguer son imag­i­naire trop loin et plutôt se fier, au cas par cas, à ce que dis­ent les sujets.

L’artiste Prune Nour­ry a créé à Genève un Dîn­er pro­créatif auquel François Anser­met a pris part. Les Dîn­ers pro­créat­ifs sont des per­for­mances asso­ciant art, gas­tronomie et sci­ence. Prune Nour­ry s’associe à un chef et à un sci­en­tifique pour con­cevoir un repas qui suit les dif­férentes étapes de la pro­créa­tion assistée, faisant de la fécon­da­tion in vit­ro un cock­tail et du choix du sexe de l’enfant un plat prin­ci­pal, invi­tant ain­si les par­tic­i­pants à réfléchir au con­cept de « l’en­fant à la carte ». Le Dîn­er pro­créatif soulève la prob­lé­ma­tique suiv­ante: Les nou­velles tech­niques de pro­créa­tion assistée nous mènent-elles vers une évo­lu­tion arti­fi­cielle de l’humain à tra­vers la sélection ?

Au cours de ce dîn­er plutôt par­ti­c­uli­er (qui débute dans un sperme bar…), les con­vives reçoivent des embryons, l’un aveu­gle, l’autre tri­somique, le troisième sourd, le qua­trième por­teur d’un risque d’Alzheimer, à choix. Tous ont donc des prob­lèmes et l’idée est de met­tre les par­tic­i­pants face au ver­tige du choix prédictif.

D’où vien­nent les enfants ? À cha­cun son expli­ca­tion, à cha­cun sa représen­ta­tion. Samuel Beck­ett dans « Fin de par­tie » fait dire à un fils devant son père: « Pourquoi tu m’as fait ? » « Je ne pou­vais pas savoir », répond le père. « Quoi, qu’est-ce que tu ne pou­vais pas savoir ? » « Je ne pou­vais pas savoir que c’était toi ! » Pour François Anser­met, l’enfant est un chercheur de son origine.

D’où vien­nent les enfants ? Pour François Anser­met, fan­tas­ma­tique­ment, nous sommes tous issus d’une pro­créa­tion médi­cale­ment assistée dans la mesure où, c’est d’ailleurs le para­doxe, cer­taines réac­tions affec­tives, en court-cir­cui­tant con­crète­ment le sexe dans la pro­créa­tion, révè­lent la place de la sex­u­al­ité dans celle-ci.

“Les mar­gin­aux de demain seront dès lors les hétéro­sex­uels qui pro­créeront sans analyse du sperme, des risques génomiques et autres.”

Ver­tige de la dif­férence. Un sujet d’actualité, a rap­pelé le pro­fesseur Anser­met. Cou­ples de femmes, femmes seules, cou­ples d’hommes, hommes seuls, trans­gen­res, asex­uels, tout ce petit monde peut avoir des enfants. Et cela peut don­ner lieu dans les médias à des dessins humoris­tiques ain­si légendés : « Va vivre chez ta mère por­teuse ! Retourne dans ton utérus de loca­tion ! Va habiter chez ton don­neur de sperme ! Prends les clés de ton éprou­vette et dégage ! »

Ver­tige de la pré­dic­tion. Le troisième ver­tige aux yeux de François Anser­met. Un ver­tige qui s’inscrit surtout dans le cadre de la prob­lé­ma­tique des droits de l’enfant avec un lien pos­si­ble entre pro­créa­tion et pré­dic­tion de ce que l’enfant va être. Prédire s’il sera por­teur d’une mal­adie géné­tique monogénique, s’il sera por­teur de gènes dom­i­nants ou réces­sifs, s’il sera sujet à des mal­adies polygéniques. Pour le pro­fesseur Anser­met, nous entrons dans un nou­veau monde qui posera la ques­tion du droit des enfants à sup­port­er le hasard de leur procréation.

François Anser­met souhaite nous ren­dre atten­tifs au para­doxe suiv­ant: actuelle­ment, ce sont les mar­gin­aux – cou­ples de femmes, femmes seules, cou­ples d’hommes, hommes seuls – qui deman­dent telle ou telle chose en matière de pro­créa­tion en fonc­tion de leurs choix sex­uels. Or ces deman­des impliquent une tech­nol­o­gi­sa­tion de la pro­créa­tion et banalisent sa médi­cal­i­sa­tion. Les mar­gin­aux de demain seront dès lors les hétéro­sex­uels qui pro­créeront sans analyse du sperme, des risques génomiques et autres. Une trans­for­ma­tion impor­tante est en cours en matière de deman­des socié­tales. Quid dans le futur du droit à l’incertitude, du droit à ne pas savoir ?

La prob­lé­ma­tique est com­plexe comme celle par exem­ple des screen­ings pré-con­cep­tion­nels. Les généti­ciens pour leur part se déclar­ent en faveur des dia- gnos­tics pré-con­cep­tion­nels dans la mesure où ils per­me­t­tent de pro­téger les enfants de mal­adies ter­ri­bles comme l’hémophilie ou la muco­vis­ci­dose. On peut com­pren­dre leur logique mais en même temps on peut se deman­der quel serait le des­tin de Roméo et Juli­ette à l’ère de la génomique. Peut-être que sur les sites de ren­con­tre du web fig­ur­era un jour une rubrique sur la génomique des indi­vidus comme on y trou­ve aujourd’hui dif­férents paramètres comme la taille de l’individu, la couleur de ses yeux, son niveau d’études et son par­cours pro­fes­sion­nel. La dimen­sion est majeure : choisir entre le droit de savoir et celui de ne pas savoir. Pour François Anser­met, le fait de prédire peut con­duire à une strat­i­fi­ca­tion, une ségré­ga­tion. Or le sys­tème de san­té actuel est fondé sur la sol­i­dar­ité et la réciproc­ité, qui tient à un non-savoir. Il existe un para­doxe de la pré­dic­tion qu’il con­vient de rap­pel­er: toute pré­dic­tion dévoile aus­si l’infini de ce qui ne peut être prédit.

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Première photo d'un fœtus humain publiée dans la presse (Couverture de Life, 1965, photo de Lennart Nilsson). Photo 12 / UIG via Getty Images

 

Quel devenir ? Pour le pro­fesseur Anser­met, il y en a un au-delà de la pré­dic­tion, au-delà de la pro­créa­tion, c’est évi­dent. Il est donc impor­tant de rap­pel­er la place du devenir, de ne pas ramen­er l’enfant à ses con­di­tions de pro­créa­tion. Le droit des enfants est d’être con­sid­érés comme des enfants, et de ne pas être con­sid­érés en fonc­tion de leur mode de pro­créa­tion. Il faut éviter de faire de l’origine un des­tin. Et œuvr­er clin­ique­ment, sociale­ment, poli­tique­ment. Dans la clin­ique, la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée peut fonc­tion­ner comme un piège de la causal­ité, causal­ité à tout faire et qu’on imag­ine comme une con­ti­nu­ité. Si l’on veut réfléchir à l’éthique de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée par rap­port aux trois ver­tiges, François Anser­met pense qu’il con­viendrait de con­stituer des assis­es du déter­min­isme et de réfléchir au statut et aux con­cep­tions que nous avons du déter­min­isme. Sommes-nous capa­bles d’être les auteurs et les acteurs de notre pro­pre devenir ? Comme le lui dis­ait une patiente atteinte d’une mal­adie géné­tique: avoir un enfant, est-ce quelque chose qui con­tin­ue ou est-ce quelque chose de nou­veau qui com­mence ? Une ques­tion merveilleuse.

Il y a une logique de con­ti­nu­ité déter­min­iste avec la ques­tion génomique, a relevé François Anser­met. Au fond, peut-être devri­ons-nous pass­er à une logique de la réponse, c’est-à-dire faciliter dans le tra­vail clin­ique la réponse du sujet, celle de l’enfant et celle de ses par­ents. Réponse va avec respon­s­abil­ité. Et de sa posi­tion chaque sujet est respon­s­able. C’est tout l’enjeu de la clin­ique, peut-être l’enjeu du droit des enfants, l’enjeu des entre­pris­es human­istes, de l’ONU, de la Com­mis­sion des droits de l’enfant. Pour François Anser­met, l’enjeu, c’est d’ouvrir l’avenir, per­me­t­tre à l’enfant d’être l’auteur et l’acteur de son pro­pre devenir.

Paul Valéry a écrit: « Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ? Je m’invente. » Pour le pro­fesseur Anser­met, il y a tou­jours de la place pour l’invention et c’est cette place qui doit être défendue tant par les clin­i­ciens que par ceux qui s’occupent du droit des enfants.

 

AD MAJOREM DEI GLORIAM | Print­emps 2019

HAVING A BABY TOMORROW: THE CHALLENGES OF PROCREATION IN THE AGE OF BIOTECHNOLOGY

 

Advances in biotech­nol­o­gy make it pos­si­ble to real­ize what was pre­vi­ous­ly a fan­ta­sy, lead­ing to mul­ti­ple ver­ti­go. Ver­ti­go of ori­gin: a child can be born from a sperm dona­tion, an ovum dona­tion, an embryo dona­tion or a sur­ro­gate moth­er­hood, thus cre­at­ing new fil­i­a­tions. Ver­ti­go of dif­fer­ence: through pro­cre­ation in female cou­ples or by sin­gle women, in male cou­ples or by sin­gle men, or in trans­gen­der peo­ple. Ver­ti­go of pre­dic­tion: through a pos­si­ble link between pro­cre­ation and pre­dic­tion, which could occu­py more and more space in the era of genome sequenc­ing.
These tech­no­log­i­cal pos­si­bil­i­ties can fas­ci­nate as much as they can be a source of per­plex­i­ty, even anx­i­ety. But they can also sur­prise us by the new ori­gins that they make pos­si­ble from now on and that we have to accom­pa­ny by deal­ing with a world that is some­times invent­ed faster than our capac­i­ty to fol­low it.

It was on this theme that François Anser­met, hon­orary pro­fes­sor at the Uni­ver­si­ty of Gene­va (UNIGE) and the Uni­ver­si­ty of Lau­sanne (UNIL), spoke in Sion, Valais, in Sep­tem­ber 2018, after hav­ing been first ordi­nary pro­fes­sor of child psy­chi­a­try, vice-dean of the Fac­ul­ty of Biol­o­gy and Med­i­cine at UNIL, Chief of the Child and Ado­les­cent Psy­chi­a­try Ser­vice at the Uni­ver­si­ty Hos­pi­tal of Vaud (CHUV), then full pro­fes­sor of Child and Ado­les­cent Psy­chi­a­try at the Uni­ver­si­ty Hos­pi­tal of Gene­va (UNIGE) and, at the hos­pi­tal lev­el, Chief of the Child and Ado­les­cent Psy­chi­a­try Ser­vice at the Uni­ver­si­ty Hos­pi­tal of Gene­va (HUG), as well as Direc­tor of the Uni­ver­si­ty Depart­ment of Psy­chi­a­try at the Fac­ul­ty of Med­i­cine of the UNIGE.

of Med­i­cine of the UNIGE. In addi­tion, François Anser­met has been a mem­ber of the Nation­al Con­sul­ta­tive Ethics Com­mit­tee in Paris since 2013.

For François Anser­met, the rights of the child are today at the cen­ter of the con­cerns of child and ado­les­cent psy­chi­a­try. Child­hood builds the world of tomor­row. But will it be pos­si­ble to be a child tomor­row in the world as it is evolv­ing? It is the great ques­tion that the pro­fes­sor asks. Mar­riage for all, in a cer­tain num­ber of coun­tries for exam­ple, has led to the ques­tion of pro­cre­ation for all, which rais­es impor­tant resis­tances, just like the prob­lems of genomics and arti­fi­cial intelligence.

“Child­hood builds the world of tomor­row. But will it be pos­si­ble to be a child tomor­row in the world as it is evolv­ing?“
All these themes, Pro­fes­sor Anser­met not­ed, are the sub­ject of col­lec­tive stances, includ­ing from reli­gious cir­cles. The cur­sor of the sym­bol­ic runs faster than we do, which for all that should not be inter­pret­ed as a cri­sis. Resis­tance to the new is under­stand­able and we must rec­og­nize that this new exists and that child­hood is watch­ing us.

Biotech­nol­o­gy implies new modes of pro­cre­ation. It is a ques­tion of cre­at­ing life in a world that also cre­ates death — through wars, crimes, racism. We must not fall into cat­a­strophism, warned Pro­fes­sor Anser­met who recalled the impor­tance of myths and reli­gions that have always the­ma­tized the cre­ation of life. Long before med­ical­ly assist­ed pro­cre­ation, there were divine­ly assist­ed pro­cre­ations, well beyond the bio­log­i­cal. In “The Gold­en Leg­end” of James of Vor­agine, dur­ing the Renais­sance — a work that inspired the painters of the quat­tro­cen­to — it is said that God can cre­ate man in four ways: with­out man or woman, as he did for Adam; by man with­out woman, as he did for Eve; by woman with­out man, as hap­pened mirac­u­lous­ly fol­low­ing the Annun­ci­a­tion to the Vir­gin Mary, which is first of all the feast of the Incar­na­tion since God begins in Mary his human life that will lead Jesus to the Cross and the Res­ur­rec­tion, to the Glo­ry of God — see Dan­te’s “The Divine Com­e­dy”: “O Vir­gin Moth­er, Daugh­ter of Your Son”. With biotech­nolo­gies, Pro­fes­sor Anser­met empha­sized, we are well below what the human imag­i­na­tion has been able to con­struct on the mys­tery of ori­gin, on the mys­tery of com­ing into the world. Final­ly, the fourth mode of cre­ation of the man evoked in ” The gold­en Leg­end ” is ” by the man and the woman accord­ing to the com­mon way “. Among the myths hav­ing for sub­ject the cre­ation of the life, one can quote Athena going out, all armed, of the head of Jupiter and Dionysos born twice, of the bel­ly of Sémélé and the thigh of Jupiter.

The world of pro­cre­ation is chang­ing faster than our abil­i­ty to keep up with it, observed François Anser­met. So what are these biotech­nolo­gies that are turn­ing our minds upside down? It is true that these biotech­nolo­gies and their impacts are the object, with good rea­son, of a cer­tain per­plex­i­ty on the part of the pub­lic. Far from the roman­tic vision of sci­ence whose advances allow the con­cep­tion and the imple­men­ta­tion of new med­ical treat­ments, it is appro­pri­ate to ques­tion today these tech­nolo­gies of pro­cre­ation which oper­ate on the world with­out us know­ing exact­ly what they are about. It can indeed be extreme­ly wor­ry­ing to think that we have tech­niques oper­at­ing on real­i­ty and at the same time not know what prod­uct will come out of it. These tech­no­log­i­cal approach­es can lead to non-knowl­edge. The result is a man­u­fac­tured, invent­ed, new world, which we do not know what it is. This is the rea­son why the ques­tions result­ing from the cur­rent tech­no­log­i­cal dis­cov­er­ies are more and more treat­ed with­in ethics com­mit­tees, real obser­va­to­ries of the con­tem­po­rary per­plex­i­ty and anguish, that is to say obser­va­to­ries of what we can­not represent.

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Press con­fer­ence for the birth of the first test-tube baby in France with pro­fes­sors René Fry­d­man, Emile Papiernik and Jacques Tes­tard, April 10, 1986 in Cla­mart, France

For François Anser­met, in front of the unrep­re­sentable, in front of what leaves per­plexed and anguished, two types of reac­tion are pos­si­ble. On the one hand, the tech­no-prophets announce a new world in which it will be pos­si­ble to pro­cre­ate even if one is infer­tile and to select chil­dren who will not suf­fer from dis­eases. They promise us a bet­ter world. On the oth­er hand, there are the bio-cat­a­strophists who argue that if we touch nature, we touch the law, with the idea of a super­po­si­tion of the nat­ur­al law and the moral law. There would thus be trans­gres­sion of nature by means of these tech­nolo­gies. For the clin­i­cian, the stake is indeed to be at the height of the time that we live. It is advis­able, accord­ing to him, not to be locked up in a con­ser­v­a­tive temp­ta­tion and not to curse his time. We must delib­er­ate­ly look to the future rather than cling to the past. On the one hand, not to fear uncer­tain­ty and, on the oth­er, not to suc­cumb to the tyran­ny of the past. And to be able to sit­u­ate one­self in these two dimensions.

The new modes of med­ical­ly assist­ed pro­cre­ation such as in vit­ro fer­til­iza­tion, intra­cy­to­plas­mic sperm injec­tion, oocyte con­ser­va­tion, pre-implan­ta­tion and pre-con­cep­tion­al diag­no­sis, posthu­mous pro­cre­ation and oth­ers are sur­pris­ing, dis­turb­ing, upset­ting and pro­duc­ing a ver­ti­go. For François An- ser­met, a ver­ti­go that both anguish­es and attracts, a ver­ti­go that is a source of fas­ci­na­tion. The media do not hes­i­tate to tell us in detail about cas­es of assist­ed pro­cre­ation that are total­ly astound­ing. Noth­ing sur­pris­ing in that since they tit­il­late a cord which is par­tic­u­lar­ly sen­si­tive to all of us, that of our ori­gin which goes hand in hand with Sex­u­al­i­ty with a cap­i­tal S — the big word that moves is released.

“And it is indeed the ques­tion that all chil­dren ask: why am I me and not some­one else?“
Where does this ver­ti­go come from, or rather these ver­ti­goes? For François Anser­met, there are three: the ver­ti­go of ori­gin, the ver­ti­go of the dif­fer­ence of the sex­es in pro­cre­ation and that of pre­dic­tion. Regard­ing the first, the ver­ti­go of ori­gin, Pro­fes­sor Anser­met wish­es to recall that the world of ori­gin, sym­bol­ic and
of ori­gin, sym­bol­ic and imag­i­nary, is dif­fer­ent from the world of sex­u­al­i­ty. The prob­lem lies in the fact that we live in an era of very bio­log­i­cal par­a­digms and that we tend to think that ori­gin is equal to sex­u­al­i­ty, that pro­cre­ation is equal to ges­ta­tion, that birth is equal to fil­i­a­tion, where­as all these worlds are dis­joint­ed. The most unrep­re­sentable of this series is cer­tain­ly pro­cre­ation. When does it occur? What is its moment M? When is life cre­at­ed? Even biol­o­gists work­ing in assist­ed repro­duc­tion cen­ters are very hes­i­tant about the ques­tion of the emer­gence of life, name­ly when cells com­bine and then come to mul­ti­ply. Where does this spark come from? For François Anser­met, the fun­da­men­tal ques­tion on which every­one stum­bles, includ­ing biol­o­gists and doc­tors of repro­duc­tion, is the fol­low­ing: where do chil­dren come from? Freud con­sid­ered this to be the impos­si­ble ques­tion par excel­lence. And it is indeed the ques­tion that all chil­dren ask: why am I me and not some­one else? Why here rather than else­where? François Anser­met liked to quote the sto­ry of a lit­tle girl of 8 whose moth­er is preg­nant. At break­fast, the moth­er makes a hon­eyed sand­wich for her daugh­ter. The lat­ter looks at her moth­er’s bel­ly and asks her what “that” is. The moth­er replies that she is expect­ing a new child. “Where does this child come from?” asks the child. The moth­er tries to explain: the father and moth­er, the kiss, the lit­tle seed. “When you see this hon­ey on this toast, think of the bees, the flow­ers, the pollen…” The lit­tle girl then cut her mom off: “Stop with these com­plete­ly lame expla­na­tions. At school we’ve already had sex edu­ca­tion class­es, we know exact­ly what it’s all about. I’m not ask­ing you what posi­tion you and dad­dy took to have this new child.”

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Pho­to Vin­cent Migeat/Agence VU
The moth­er sweats, the drops of sweat fall on the hon­ey toast. “What do you want to know, final­ly?
the moth­er. And the lit­tle girl answers very firm­ly: “Before being in your bel­ly, where was I?” For Pro­fes­sor Anser­met, the beau­ty of this ques­tion is a won­der: “It’s like a dead man, we say his body is in the earth, his soul is in heav­en; chil­dren say: OK. But when I am dead, when my body is on earth, when my soul is in heav­en, where will I be?

For François Anser­met, the major prob­lem posed by med­ical­ly assist­ed repro­duc­tion tech­nolo­gies is that they are sources of dis­junc­tion. Sex­u­al­i­ty is sep­a­rat­ed from pro­cre­ation, pro­cre­ation from ges­ta­tion, ges­ta­tion from birth — it is pos­si­ble to go through sur­ro­gate moth­er­hood with a sur­ro­gate moth­er — and final­ly, the ori­gin of fil­i­a­tion is sep­a­rat­ed — by dona­tions of sperm, ova, embryos, dou­ble dona­tions and, should we add, cre­at­ing a tem­po­rary dis­junc­tion by the con­ser­va­tion of gametes. From the freez­ers of the repro­duc­tion cen­ters and mater­ni­ty wards, all these frozen embryos look at us and won­der what we will do with them.

“But when you see a child run­ning from a freez­er, you can’t help but think of all the super­nu­mer­ary embryos.“
Are we going to destroy them, pre­serve them, implant them? In the Unit­ed States, Pro­fes­sor Anser­met recalled, there are asso­ci­a­tions, the “snow flakes”, which pro­pose frozen embryos for adop­tion, assert­ing their right to be used once they have been con­ceived. But when you see a child run­ning from a freez­er, you can’t help but think of all the sur­plus embryos. What will hap­pen to them?

Like­wise, being able to store oocytes implies the idea that they can be stored for sev­er­al years before being re-implant­ed a decade or two lat­er, once the bril­liant pro­fes­sion­al career of their “own­er” is over. Even more impor­tant dis­junc­tions will appear, accord­ing to Pro­fes­sor Anser­met, promised by arti­fi­cial intel­li­gence and tran­shu­man­ism, cyborgs and robots, sug­gest­ing a re-turn to Pyg­malion and Galatea: Pyg­malion says to Galatea: “You are me, all my self is in you, I live only in you. Tran­shu­man­ism high­lights the dif­fi­cult ques­tion of the rights and duties of robots. Let’s take a look at Sophia, the humanoid robot devel­oped by Han­son Robot­ics, designed to learn every­thing by get­ting used to the behav­ior of human beings. Sophia is able to answer ques­tions and has even been received at the UN. In Octo­ber 2017, the robot was grant­ed Sau­di cit­i­zen­ship, mak­ing it the first android in the world to receive cit­i­zen­ship of a country.

Ulti­mate­ly, for François Anser­met, repro­duc­tive tech­nolo­gies reveal an impos­si­ble to think about that is a source of eth­i­cal angst. Let us think for exam­ple of pro­cre­ation in cou­ples of women, which insti­tu­tion­al­izes the fab­ri­ca­tion of a child with­out a father. But what is a father? Is he a father, a father in the sense of the law, a father of inten­tion, a sim­ple male fig­ure? And what is the role of gen­der dif­fer­ence in the devel­op­ment of the child? Sur­ro­gate moth­er­hood makes the moth­er uncer­tain, Pro­fes­sor Anser­met point­ed out. There is the one who gave the ovum and the one who gave the womb. And some cou­ples of women cross the womb and the ovum. In the legal world, the child belongs to the moth­er from whose womb it came. In the genet­ic world we tend to say that it is the gametes. The unrep­re­sentabil­i­ty of the ori­gin, the unrep­re­sentabil­i­ty of the link between sex­u­al­i­ty and pro­cre­ation, the unrep­re­sentabil­i­ty of death in pro­cre­ation make one dizzy. Pla­to in “The Ban­quet” makes Socrates speak and he reports Dio­time’s words which can be sum­ma­rized as fol­lows: pro­cre­ation aims at the part of the immor­tal in the liv­ing mor­tal. To live beyond one­self by procreating.

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Car­toon illus­trat­ing the cre­ation of a test-tube baby, by Albert Robi­da (1848–1926), French car­toon­ist and nov­el­ist. Dat­ed from the 19th cen­tu­ry. Pho­to: Uni­ver­sal His­to­ry Archive/UIG via Get­ty Images
For François Anser­met, what we can­not think is blocked by phan­tas­mat­ic, imag­i­nary con­struc­tions. But the fan­ta­sy pro­tects from anguish as much as it gen­er­ates it. The fan­ta­sy allows us to imag­ine new biotech­nolo­gies that will intro­duce new imag­i­nary sce­nar­ios. Indeed, these biotech­nolo­gies mod­i­fy real­i­ty. There is thus a spi­ral that is cre­at­ed between biotech­nolo­gies, anx­i­ety and real­i­ty and this can only dis­turb us. This con­sti­tutes a major con­cern for the clin­i­cian, the child psy­chi­a­trist who is con­front­ed with these pic­tures. He must not let his imag­i­na­tion wan­der too far and rather rely, on a case by case basis, on what the sub­jects say.

The artist Prune Nour­ry cre­at­ed a Pro­cre­ative Din­ner in Gene­va in which François Anser­met took part. The Pro­cre­ative Din­ners are per­for­mances com­bin­ing art, gas­tron­o­my and sci­ence. Prune Nour­ry joins forces with a chef and a sci­en­tist to cre­ate a meal that fol­lows the dif­fer­ent stages of assist­ed repro­duc­tion, mak­ing in vit­ro fer­til­iza­tion a cock­tail and the choice of the child’s sex a main course, thus invit­ing par­tic­i­pants to reflect on the con­cept of the “à la carte child”. The Pro­cre­ative Din­ner rais­es the fol­low­ing issue: Are the new assist­ed repro­duc­tion tech­niques lead­ing us towards an arti­fi­cial evo­lu­tion of humans through selection?

Dur­ing this rather pecu­liar din­ner (which starts in a sperm bar…), the guests are giv­en embryos, one blind, one with Down’s syn­drome, one deaf, one with Alzheimer’s risk, to choose from. All of them have prob­lems and the idea is to put the par­tic­i­pants in front of the ver­ti­go of pre­dic­tive choice.

Where do the chil­dren come from? To each his expla­na­tion, to each his rep­re­sen­ta­tion. Samuel Beck­ett in “Endgame” has a son say to his father, “Why did you make me?” “I could­n’t know,” replies the father. “What, what could­n’t you know?” “I could­n’t know it was you!” For François Anser­met, the child is a researcher of his origin.

Where do chil­dren come from? For François Anser­met, phan­tas­mat­i­cal­ly, we all come from a med­ical­ly assist­ed pro­cre­ation inso­far as, it is besides the para­dox, cer­tain affec­tive reac­tions, by con­crete­ly short-cir­cuit­ing the sex in the pro­cre­ation, reveal the place of the sex­u­al­i­ty in this one.

“The mar­gin­al­ized of tomor­row will there­fore be the het­ero­sex­u­als who pro­cre­ate with­out analy­sis of sperm, genom­ic risks and oth­ers.
Ver­ti­go of the dif­fer­ence. A top­i­cal sub­ject, remind­ed Pro­fes­sor Anser­met. Female cou­ples, sin­gle women, male cou­ples, sin­gle men, trans­gen­der, asex­u­al, all this lit­tle world can have chil­dren. And that can give place in the media to car­toons thus cap­tioned: “Go live with your sur­ro­gate moth­er! Go back to your rent­ed womb! Go live with your sperm donor! Take the keys to your test tube and get out!”

Ver­ti­go of the pre­dic­tion. The third ver­ti­go in the eyes of François Anser­met. A ver­ti­go which is espe­cial­ly in line with the prob­lem of the rights of the child with a pos­si­ble link between pro­cre­ation and pre­dic­tion of what the child will be. Pre­dict­ing whether he will be a car­ri­er of a mono­genic genet­ic dis­ease, whether he will be a car­ri­er of dom­i­nant or reces­sive genes, whether he will be sub­ject to poly­genic dis­eases. For Pro­fes­sor Anser­met, we are enter­ing a new world which will raise the ques­tion of the right of chil­dren to bear the chance of their procreation.

François Anser­met wish­es to make us aware of the fol­low­ing para­dox: cur­rent­ly, it is the mar­gin­al­ized — female cou­ples, sin­gle women, male cou­ples, sin­gle men — who ask for this or that thing in terms of pro­cre­ation accord­ing to their sex­u­al choic­es. But these demands imply a tech­nol­o­giza­tion of pro­cre­ation and triv­i­al­ize its med­ical­iza­tion. The mar­gin­al­ized of tomor­row will there­fore be het­ero­sex­u­als who will pro­cre­ate with­out sperm analy­sis, genom­ic risks and so on. An impor­tant trans­for­ma­tion is under­way in terms of soci­etal demands. What about the future right to uncer­tain­ty, the right not to know?

The issue is com­plex, as is the case with pre-con­cep­tion­al screen­ings, for exam­ple. Geneti­cists, for their part, declare them­selves in favour of pre-con­cep­tion­al dia- gnos­tics inso­far as they make it pos­si­ble to pro­tect chil­dren from ter­ri­ble dis­eases such as haemophil­ia or muco­vis­ci­do­sis. One can under­stand their log­ic but at the same time one can won­der what would be the fate of Romeo and Juli­et in the era of genomics. Maybe one day, on the dat­ing sites of the web, there will be a sec­tion on the genomics of indi­vid­u­als, as there are today dif­fer­ent para­me­ters such as the height of the indi­vid­ual, the col­or of his eyes, his lev­el of edu­ca­tion and his pro­fes­sion­al back­ground. The dimen­sion is major: choos­ing between the right to know and the right not to know. For François Anser­met, the fact of pre­dict­ing can lead to strat­i­fi­ca­tion and seg­re­ga­tion. Yet the cur­rent health sys­tem is based on sol­i­dar­i­ty and reci­procity, which is based on not know­ing. There is a para­dox of pre­dic­tion that should be remem­bered: any pre­dic­tion also reveals the infin­i­ty of what can­not be predicted.

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First pho­to of a human fetus pub­lished in the press (Cov­er of Life, 1965, pho­to by Lennart Nils­son). Pho­to 12 / UIG via Get­ty Images

What will become of it? For Pro­fes­sor Anser­met, there is one beyond pre­dic­tion, beyond pro­cre­ation, that is obvi­ous. It is there­fore impor­tant to recall the place of becom­ing, not to reduce the child to its con­di­tions of pro­cre­ation. The right of chil­dren is to be con­sid­ered as chil­dren, and not to be con­sid­ered accord­ing to their mode of pro­cre­ation. We must avoid mak­ing ori­gin a des­tiny. And work clin­i­cal­ly, social­ly and polit­i­cal­ly. In the clin­ic, med­ical­ly assist­ed pro­cre­ation can func­tion as a trap of causal­i­ty, an all-pur­pose causal­i­ty that we imag­ine as a con­ti­nu­ity. If we want to reflect on the ethics of med­ical­ly assist­ed pro­cre­ation in rela­tion to the three ver­ti­goes, François Anser­met thinks that it would be appro­pri­ate to con­sti­tute the foun­da­tions of deter­min­ism and to reflect on the sta­tus and con­cep­tions that we have of deter­min­ism. Are we capa­ble of being the authors and actors of our own future? As a patient with a genet­ic dis­ease said to her: is hav­ing a child some­thing that con­tin­ues or is it some­thing new that begins? A won­der­ful question.

There is a log­ic of deter­min­is­tic con­ti­nu­ity with the genom­ic ques­tion, not­ed François Anser­met. Basi­cal­ly, per­haps we should move to a log­ic of response, that is to say, to facil­i­tate in the clin­i­cal work the response of the sub­ject, that of the child and that of his par­ents. Response goes with respon­si­bil­i­ty. And each sub­ject is respon­si­ble for his posi­tion. This is what is at stake in the clin­ic, per­haps what is at stake in chil­dren’s rights, what is at stake in human­ist enter­pris­es, in the UN, in the Com­mis­sion on the Rights of the Child. For François Anser­met, the chal­lenge is to open up the future, to allow the child to be the author and actor of his own future.

Paul Valéry wrote: “What are you doing today? I am invent­ing myself.” For Pro­fes­sor Anser­met, there is always room for inven­tion, and it is this room that must be defend­ed by both clin­i­cians and those involved in chil­dren’s rights.

 

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