LâhomĂ©lie intĂ©grale du Pape pour la JournĂ©e mondiale du migrant et du rĂ©fugiĂ©
Au total, 9 000 bilÂlets avaient Ă©tĂ© disÂtribuĂ©s. ParÂmi les migrants et rĂ©fugiĂ©s prĂ©sents se trouÂvaient 200 IndiÂens de rite latin, 450 IndiÂens de rite syro-malÂabar, 50 Libanais maronites, quelques 800 Roumains de rite latin et quelques Roumains de rite grĂ©Âco-catholique, une trentaine de MalÂgachÂes, 60 Syro-antiÂochiens, plus de 1 200 Ukrainiens de rite grĂ©Âco-catholique et 35 Ukrainiens de rite latin; mais ausÂsi, 150 Sri-Lankais, 200 CapverÂdiÂens, plus de 2 000 PhilipÂpins, 10 Melkites et 25 ChiÂnois, indique une note de la Salle de presse du Saint-SiĂšge.
LâintĂ©gralitĂ© de lâhomĂ©lie du Saint-PĂšre:
Cette annĂ©e, jâai voulu cĂ©lĂ©brÂer la JournĂ©e MonÂdiÂale du Migrant et du RĂ©fugiĂ© par une messe Ă laqueÂlle vous avez Ă©tĂ© invitĂ©s, vous en parÂtiÂcÂuliÂer, migrants, rĂ©fugiĂ©s et demanÂdeurs dâasile. CerÂtains dâentre vous sont arrivĂ©s depuis peu en ItalÂie, dâautres y rĂ©siÂdent et y traÂvailÂlent depuis de nomÂbreuses annĂ©es, et dâautres encore conÂstituent ce quâon appelle les «deuxÂiĂšmes gĂ©nĂ©rations».
Tous ont entenÂdu rĂ©sonÂner dans cette assemÂblĂ©e la Parole de Dieu, qui nous invite aujourdâhui Ă approÂfondir lâappel spĂ©Âcial que le Seigneur adresse Ă chaÂcun de nous. Comme il lâa fait avec Samuel (cf. 1 S 3, 3b-10.19), il nous appelle par notre nom âĂ chaÂcun de nous- et nous demande dâhonorer le fait que nous avons Ă©tĂ© créés comme des ĂȘtres absolÂuÂment uniques, tous difÂfĂ©rents entre nous et avec un rĂŽle sinÂguliÂer dans lâhistoire du monde. Dans lâĂvangile (cf. Jn 1, 35â42), les deux disÂciÂples de Jean demanÂdent Ă JĂ©sus: «OĂč demeures-tu ?» (v. 38), laisÂsant entenÂdre que, de la rĂ©ponse Ă cette quesÂtion, dĂ©pend leur jugeÂment sur le maĂźtre de Nazareth. La rĂ©ponse de JĂ©sus est claire: «Venez et voyez !» (v. 39), et ouvre Ă une renÂconÂtre perÂsonÂnelle, qui comÂporte un temps approÂpriĂ© pour accueilÂlir, conÂnaĂźtre et reconÂnaĂźtre lâautre.
Dans le MesÂsage pour la JournĂ©e dâaujourdâhui, jâai Ă©crit: «Tout immiÂgrĂ© qui frappe Ă notre porte est une occaÂsion de renÂconÂtre avec JĂ©sus-Christ, qui sâidentifie Ă lâĂ©tranger de toute Ă©poque accueilÂli ou rejetĂ© (cf. Mt 25, 35.43)». Et, pour lâĂ©tranger, le migrant, le rĂ©fugiĂ©, lâexilĂ© et le demanÂdeur dâasile, chaque porte de la nouÂvelle terre est ausÂsi une occaÂsion de renÂconÂtre avec JĂ©sus. Son inviÂtaÂtion «Venez et voyez !» nous est aujourdâhui adressĂ©e Ă tous, comÂmuÂnautĂ©s locales et nouÂveaux arrivĂ©s. Câest une inviÂtaÂtion Ă surÂmonÂter nos peurs pour pouÂvoir aller Ă la renÂconÂtre de lâautre, pour lâaccueillir, le conÂnaĂźtre et le reconÂnaĂźtre. Câest une inviÂtaÂtion qui offre lâopportunitĂ© de se faire le prochain de lâautre pour voir oĂč et comÂment il vit. Dans le monde dâaujourdâhui, pour les nouÂveaux arrivĂ©s, accueilÂlir, conÂnaĂźtre et reconÂnaĂźtre sigÂniÂfie conÂnaĂźtre et respecter les lois, la culÂture et les traÂdiÂtions des pays oĂč ils sont accueilÂlis.Cela sigÂniÂfie Ă©galeÂment comÂprenÂdre leurs peurs et leurs apprĂ©henÂsions vis-Ă -vis de lâavenir. Et pour les comÂmuÂnautĂ©s locales, accueilÂlir, conÂnaĂźtre et reconÂnaĂźtre sigÂniÂfie sâouvrir Ă la richesse de la diverÂsitĂ© sans prĂ©jugĂ©s, comÂprenÂdre les potenÂtialÂitĂ©s et les espĂ©rances des nouÂveaux arrivĂ©s, de mĂȘme que leur vulÂnĂ©raÂbilÂitĂ© et leurs craintes.
La vraie renÂconÂtre avec lâautre ne sâarrĂȘte pas Ă lâaccueil, mais elle nous invite tous Ă nous engager dans les trois autres actions que jâai mis en Ă©viÂdence dans le MesÂsage pour cette JournĂ©e: proÂtĂ©ger, proÂmouÂvoir et intĂ©ÂgrÂer. Et, dans la renÂconÂtre vraie avec le prochain, serons-nous capaÂbles de reconÂnaĂźtre JĂ©sus-Christ, qui demande dâĂȘtre accueilÂli, proÂtĂ©gĂ©, proÂmu et intĂ©ÂgrĂ©? Comme nous lâenseigne la parabole Ă©vangĂ©lique du jugeÂment dernier: le Seigneur avait faim, il avait soif, il Ă©tait assoifÂfĂ©, malade, Ă©tranger et en prison et il a Ă©tĂ© secÂouÂru par cerÂtains, mais pas par dâautres (cf. Mt 25, 31â46). Cette vraie renÂconÂtre avec le Christ est source de salut, un salut qui doit ĂȘtre annonÂcĂ© et apportĂ© Ă tous, comme nous lâenseigne lâapĂŽtre AndrĂ©. AprĂšs avoir rĂ©vĂ©lĂ© Ă son frĂšre Simon: «Nous avons trouÂvĂ© le Messie» (Jn 1, 41), AndrĂ© le conÂduit Ă JĂ©sus, afin quâil fasse, lui ausÂsi, cette mĂȘme expĂ©riÂence de la rencontre.
Il nâest pas facile dâentrer dans la culÂture des autres, de se metÂtre Ă la place de perÂsonÂnes si difÂfĂ©rentes de nous, de comÂprenÂdre leurs penÂsĂ©es et leurs expĂ©riÂences. AinÂsi nous renonçons souÂvent Ă renÂconÂtrÂer lâautre et nous Ă©levons des barÂriĂšres pour nous dĂ©fendre. Les comÂmuÂnautĂ©s locales ont parÂfois peur que les nouÂveaux arrivĂ©s perÂturbent lâordre Ă©tabli, âvolentâ quelque chose de ce que lâon a conÂstruÂit pĂ©nibleÂment. Les nouÂveaux arrivĂ©s ausÂsi ont des peurs: ils craigÂnent la conÂfrontaÂtion, le jugeÂment, la disÂcrimÂiÂnaÂtion, lâĂ©chec. Ces peurs sont lĂ©gitimes, elles se fondent sur des doutes parÂfaiteÂment comÂprĂ©henÂsiÂbles dâun point de vue humain. Ce nâest pas un pĂ©chĂ© dâavoir des doutes et des craintes. Le pĂ©chĂ©, câest de laissÂer ces peurs dĂ©terÂminÂer nos rĂ©ponsÂes, conÂdiÂtionÂner nos choix, comÂproÂmetÂtre le respect et la gĂ©nĂ©rositĂ©, aliÂmenter la haine et le refus. Le pĂ©chĂ©, câest de renonÂcer Ă la renÂconÂtre avec lâautre, Ă la renÂconÂtre avec celui qui est difÂfĂ©rent, Ă la renÂconÂtre avec le prochain, alors que cela conÂstitue, de fait, une occaÂsion privÂilĂ©giĂ©e de renÂconÂtre avec le Seigneur.
Câest de cette renÂconÂtre avec JĂ©sus prĂ©sent dans le pauÂvre, dans celui qui est rejetĂ©, dans le rĂ©fugiĂ©, dans le demanÂdeur dâasile, que jailÂlit notre priĂšre dâaujourdâhui. Câest une priĂšre rĂ©ciproque: migrants et rĂ©fugiĂ©s prient pour les comÂmuÂnautĂ©s locales, et les comÂmuÂnautĂ©s locales prient pour les nouÂveaux arrivĂ©s et pour les migrants de long sĂ©jour. Nous conÂfions Ă lâintercession materÂnelle de la TrĂšs Sainte Vierge Marie les espĂ©rances de tous les migrants et de tous les rĂ©fugiĂ©s du monde, ainÂsi que les aspiÂraÂtions des comÂmuÂnautĂ©s qui les accueilÂlent pour que, conÂforÂmĂ©Âment au comÂmanÂdeÂment divin le plus Ă©levĂ© de la charÂitĂ© et de lâamour du prochain, nous appreÂnions tous Ă aimer lâautre, lâĂ©tranger, comme nous nous aimons nous-mĂȘmes.